Expérimenter, échanger, développer

Le Bbf de juillet 2016 publie un « Point de vue sur … bibliothèques publiques et religions » de Bernard Huchet intitulé « Laïcité, ambiguïté, perplexité » dans lequel BH cite notre blog « Bibliothèques, maisons communes ». Le blog, ainsi que la la journée d’étude de mai 2015 de l’Abf IdF « Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? : les bibliothèques après les événements de janvier 2015 » sont convoqués – eux seuls d’ailleurs, par paresse de l’auteur ? – comme faisant partie d’un grand mouvement d’autocélébration laïque après les attentats de janvier 2015. Voici in extenso le paragraphe où le blog est cité:

« Il n’entre pas dans mes intentions de critiquer l’émotion provoquée par ce drame, ni bien sûr d’en justifier les auteurs, ou même de remettre en cause le grand mouvement d’autocélébration laïque dont certains professionnels des bibliothèques se sont alors faits les acteurs 2. Mais en filigrane des événements rebondit maintenant la question, qu’il est difficile de situer clairement dans ce débat, de la position de la bibliothèque généraliste à l’égard du « fait religieux », marquée trop souvent par l’hostilité, la prudence ou la frilosité, même si quelques rares études nous font modérer ce jugement traditionnel, et de type intuitif  3. Otages d’un fanatisme inadmissible qui récupère et corrompt leurs valeurs pour en légitimer des crimes barbares, seulement passibles du droit commun, les religions ne doivent pas être les victimes collatérales d’une laïcité survoltée par l’épreuve. »

La note 2 renvoie au blog et à la journée d’étude. Il m’a paru intéressant de citer tout le paragraphe comme emblématique de la volonté provocatrice et polémique de l’auteur. Je n’ai aucun problème avec ça. Sinon que, s’il est facile de nous situer, Dominique et moi, au vu de nos prises de position claires qui appellent au débat et aux opinions contraires, si notre initiative vaut ce que valent les tentatives constructives, la position de l’auteur Bernard Huchet est bien difficile à qualifier. Tout en procédés rhétoriques et en dénégations, en attaques plus ou moins voilées dont il se défend aussitôt, l’article est à l’image de ce paragraphe qui commence par une dénégation. On sait bien ce que valent ce genre de précautions oratoires – tout est dans le « Mais… » -, ne perdons pas de temps à l’analyse : vous ne saurez pas ce que pense réellement Bernard Huchet car il ne trouve à aucun moment le courage de le dire. Vous verrez qu’après un certain nombre de circonvolutions, critiquant l’attitude générale des laïcs vis-à-vis des religions, la bibliothèque généraliste, la presse, les collègues, le 3e lieu, les programmes scolaires, j’en passe et des meilleures, BH finalement revient à encenser la Bpi et la BM de Rennes qu’il semble opposer au reste de la profession pour leurs initiatives. Il ignore manifestement ce qui s’est fait dans la plupart des bibliothèques et préfère adopter un ton polémique et stérile pour exprimer indirectement un certain nombre de regrets sur la marche du monde et des bibliothèques, sur les religions, allant même jusqu’à conseiller à la cantonade un meilleur traitement du fait religieux dans la société française… et dans nos bibliothèques. C’est ambitieux, comme les grandes eaux de Versailles chez Corne d’Auroch.
Ces comptes une fois réglés avec des ennemis mal définis – ses collègues, la modernité, l’athéisme, la marche du monde ? – BH revient à des considérations de politique documentaire… bien décevantes au vu de ce qui précède : aucune BM de France ou de Navarre ne l’avait attendu pour mettre en réflexion et en œuvre ces aspects.
Mais contre qui se bat-il ?
Il cite bien peu de sources et abuse des formules rhétoriques, des désignations générales (« les établissements », « certains professionnels ») pour les opposer à d’autres, tout autant mal définis.
En définitive, que dit réellement Bernard Huchet ? Et avait-il besoin de faire ce grand détour polémique pour y raccrocher artificiellement deux/trois choses pas si fausses sur la Dewey et les religions ?
A défaut de bien le comprendre, on se sent finalement assez peu concernés. Reste son contre-sens complet sur le blog.
Mais est-ce si grave?

Nous signalons deux publications récentes :

  • Le n°288 d’avril 2016 de la Revue des livres pour enfants avec son dossier Comment faire avec Dieu ?
    • Oh my God ! Entretien avec Susie Morgenstern
    • Dieu à la bibliothèque par Dominique Lahary
    • La religion : un secteur éditorial qui compte par Clotilde Baville
    • Documenter la religion : Entretien avec Sandrine Mirza
    • Remède à l’islamophobie : Entretien avec Mansour Mansour,
      des éditions Albouraq
    • Le conteur et les sources religieuses de son répertoire par Evelyne Cevin
    • Qu’avons-nous besoin de mythes ? par Michel Defourny
    • La religion et la mythologie en 34 couvertures

Le présent blog étant cité dans cet article, ses créateurs précisent que leurs objectifs initiaux sont exposés dans cette page et qu’ils signalent dans un but d’information et pour encourager le débat les publications et initiatives d’inspirations diverses.

Colloque : Les bibliothèques – Laïcité / censure, communautarismes, violence


Samedi 19 mars 2016
Palais-Bourbon
Amphithéâtre Colbert

Organisé par le Comité Laïcité République, en partenariat avec l’ABF

Enregistrement vidéos du colloque :
http://www.laicite-republique.org/-colloque-du-clr-les-bibliotheques-laicite-censure-communautarisme-violence-532-.html

Les bibliothèques de lecture publique et les bibliothèques universitaires ont connu depuis plus de trente ans des progrès majeurs. Bibliothèques ‘troisième lieu », « learning centers », bibliothèques en ligne, numérisation du patrimoine, évolution des compétences du personnel, autant d’adaptations qui font désormais des bibliothèques françaises un ensemble ouvert et dynamique.

Le paysage n’est pourtant pas idyllique. Les restrictions budgétaires frappent durement et ralentissent fortement le rythme de modernisation que ces institutions doivent soutenir pour rester attractives ; les projets de construction et de rénovation sont gelés, les crédits d’acquisition de documents sont drastiquement réduits, la numérisation du patrimoine doit se poursuivre durablement…

Mais il est d’autres dangers qui se profilent. En particulier, la neutralité de la bibliothèque devient un enjeu important face à des groupes politiques, confessionnels ou ethniques qui ne supportent pas l’autonomie et la liberté absolue de pensée qui y sont cultivées.

Dans les médiathèques publiques, des élus – parfois même ceux qui viennent des partis de l’arc républicain – aimeraient dicter aux professionnels leurs choix dans la constitution des collections, au nom d’une morale particulière, d’un positionnement politique, ou de l’élimination de textes considérés comme « blasphématoires ». Les représentants les plus extrêmes de certaines religions exigent que l’on puisse dans la bibliothèque s’adonner à la prière.

Dans les bibliothèques universitaires, les signes de l’inégalité assumée entre hommes et femmes se multiplient, les étudiants qui se réclament de la laïcité, de l’athéisme, sont soumis à une pression constante et parfois intimidante de la part de ceux qui se chargent de faire respecter les édits célestes. Affiches et tracts fleurissent mystérieusement sur les murs, jeunes femmes et jeunes gens arborant les signes les plus ostensibles de leurs croyances sont de plus en plus nombreux.

Enfin, les bibliothèques brûlent… En 2005, une vingtaine de bibliothèques, plus encore que les écoles, ont été incendiées, pillées, dévastées, lors des émeutes des banlieues et depuis il ne se passe pas de trimestre sans qu’une triste nouvelle de ce genre ne vienne s’ajouter à une liste déjà longue, comme s’il fallait s’en prendre à ce lieu de d’autonomie et d’enrichissement personnel et collectif, comme s’il fallait recommencer Alexandrie chaque jour.

Face à ces dangers, étranglement budgétaire, censure politique, pression communautariste, destruction matérielle, où en sommes-nous aujourd’hui et que faisons-nous pour préserver et développer ces asiles de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité, dans un monde changeant où la domination numérique ajoute encore au trouble en transférant les moyens de la connaissance, du savoir, de l’information, de la culture et de la formation vers les mains de grandes entreprises multinationales et celles de groupes qui y ont trouvé un outil férocement efficace, l’embrigadement de jeunes gens égarés ?

Programme

Matin : La bibliothèque : des collections et des idées

9h30-10h : accueil

10h-10h20 : Introduction par Patrick Kessel, Président du CLR

10h20-10h40 : Présentation scientifique par Charles Coutel, Professeur émérite de Philosophie à l’Université d’Artois, directeur de l’Institut d’Étude des Faits Religieux…

10h45-11h45 : interventions d’une durée maximum de 20 mn chacune de :

  • Xavier Galaup, Président de l’Association des Bibliothécaires de France : Collections et actions culturelles, les paradoxes du positionnement des bibliothécaires
  • Alain Giffard, Administrateur civil hors classe, Directeur du groupement d’intérêt scientifique « Culture-médias & numérique » : Lecture et liberté de penser
  • Aline Girard, Conservatrice générale, directrice du Département de la Coopération de la BnF : La diffusion universelle des savoirs ; le patrimoine numérique au service des citoyens

11h45-12h30 : table ronde avec les trois intervenants animée par Jean-Pierre Sakoun, CLR et questions de la salle

 

Après-midi : Les bibliothèques, lieux d’intégration et de confrontation des identités

14h-15h : interventions d’une durée maximum de 20 mn chacune de :

  • Jean-Marc Nicolle, Maire du Kremlin-Bicêtre, maître d’ouvrage de la Médiathèque municipale L’Écho ouverte fin 2012 : L’Écho, lieu d’intégration laïque
  • Isabelle Gasseng
  • Robert Damien, Professeur émérite de Philosophie, Université de Paris Ouest : Lecteur et électeur dans la matrice bibliothécaire

15h20-16h : table ronde avec les trois intervenants animée par Charles Coutel et questions de la salle

16h-16h20 : Clôture scientifique par Jean-Pierre Sakoun, CLR

 

Vous pouvez vous inscrire dès maintenant en précisant vos nom, prénom, date et lieu de naissance à : secretaire-generale-clr[at]orange.fr

Reproduit depuis http://www.abf.asso.fr/8/32/578/ABF/colloque-les-bibliotheques-laicite-censure-communautarismes-violence

Après le 13 novembre 2015, on a plus que jamais besoin de bibliothèques
Malek Boutih, France Inter, lundi 16 novembre 2015, vers 8h55
« Je suis devenu républicain parce qu’il y avait une bibliothèque en bas de chez moi »

Joann Sfarr, France Inter, lundi 16 novembre 2015, vers 9h20
« Evidemment qu’il faut des bibliothèques, évidemment qu’il faut des profs de gym. Ils tombent dans l’islamiste quand il n’y a pas de bibliothèques ouverte dans le quartier. »

Rapport de Sylvie Robert sur l’extension des horaires d’ouverture des bibliothèques remis en novembre 2015 :
« la mission civique des bibliothèques n’est plus seulement une conséquence indirecte de son rôle éducatif ; il s’agit aujourd’hui d’une mission à part entière, rendue essentielle par le contexte d’affaiblissement de la parole publique, d’atténuation du lien social et d’incompréhension chez certains des valeurs républicaines[…]. À l’heure où les thèses sur le repli sur soi foisonnent et attirent, la bibliothèque demeure un formidable contre-exemple, un lieu d’ouverture aux Autres, un lieu d’ouverture au monde. La bibliothèque à ciel ouvert est un lieu de rassemblement cosmopolite à l’intérieur de la Cité, qui observe, décrit et dialogue avec le monde »

 

Les mêmes ont à nouveau frappé.

Ce ne sont plus des exécutions ciblées comme en janvier mais des attentats de masse, touchant des foules indistinctes même si le choix des lieux type forcément les victimes.

Parce que la plupart des assassins sont français, parce que la société peut, dans une moindre mesure qu’en janvier, se fissurer sur la réaction à une telle barbarie, parce que ce massacre peu, c’est ce que recherchent ses commanditaires, aviver des fractures dans la société, toutes les institutions, tous les groupes qui peuvent contribuer à conforter le vivre ensemble sont concernés.

Les bibliothèques en sont, qu’elles soient territoriales, scolaires ou universitaires, sans oublier la part que peuvent prendre la BPI et la BnF.

Après les événements de janvier dernier, j’avais notamment publié deux billets : Les bibliothèques sont Charlie, et après ?  le 17 janvier puis, avec Philippe Charrier, Après les attentats de janvier 2015 : Les bibliothèques, un outil pour construire et réparer le lien social le 12 février.

Les questions posées alors demeurent d’actualité.

Quelques journées d’étude ont eu lieu, dont le blog Bibliothèques maisons communes tente de rendre compte. Cet effort d’analyse et d’échange peut se poursuivre, mais aussi l’action.

Comme après janvier, deux axes peuvent être dégagés :

1°) Les Lumières, nous en avons besoin : la raison, la connaissance, le recul, les cultures de toutes sortes. C’est ce qu’exprime, même si c’est par un raccourci excessif, Joann Sfar.

2°) Le vivre ensemble : les bibliothèques, lieu d’accueil de tous, peuvent y contribuer.

Le dense réseau des bibliothèques, qui soufre malheureusement de lacune qu’un rapport de ‘inspection général des bibliothèques en cours d’élaboration devrait permettre de mieux identifier, constitue un outil irremplaçable pour con tribuer à ces deux causes complémentaires.

J’ajouterai un troisième axe, celui de la communication : les bibliothèques doivent se rendre davantage visibles dans l’esprit et le débat publics sur ces terrains. C’est aux bibliothécaires de poursuivre cet effort, mais à d’autres aussi, comme en témoignent Malek Boutih, Joann Sfar et Sylvie Robert.

Et maintenant qu’est-ce qu’on fait ? On continue, plus que jamais.

 

[Ce texte est aussi publié sur le blog http://lahary.wordpress.com)

Sur le site de l’ABF, des éléments de restitution de la journée organisée à Paris le 21 mai 2015

Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? : Les bibliothèques après les événements de janvier 2015

Le lundi 9 novembre 2015

Amphithéâtre de la Préfecture
Avenue de la République
68000 COLMAR

Comprendre et agir, sont les deux idées autour desquelles sera organisée cette journée : la bibliothèque peut être lieu de mixité sociale, maison commune et outil de construction du citoyen, alors que certains s’en sentent si violemment exclus ou s’en excluent.

Après les terribles assassinats de janvier, les débats ont été vifs dans les équipes : Pourquoi ? Que peut-on faire ?  Comment et avec qui ?

Le groupe ABF Alsace et CORDIAL (Coopération régionale pour la documentation et l’information en Alsace) vous proposent une journée d’étude le lundi 9 novembre 2015 à la Préfecture de Colmar.

Téléchargez le programme et le bulletin d’inscription ici.

 

Fraternité chérie. Le rôle des bibliothèques après les attentats de janvier

Reims, 6 octobre 2015

Organisé par l’ADBGV

http://www.adbgv.asso.fr/index.php/actualites/actus-bgv/282-journees-d-automne-2015-6-octobre-reims

Responsable scientifique de la journée :  Philippe Charrier, directeur des médiathèques de Strasbourg Eurométropole
8h30
Accueil des participants
9h15 ACCUEIL par M. le Maire de Reims ou son représentant
9h30 OUVERTURE DES TRAVAUX par Denis Merklen, sociologue, auteur de P o u r q u o i b r û l e – t – o n d e s b i b li o t h è q u e s ? (2013), Quartiers populaires, quartiers politiques (2009)
10h30 LA CULTURE : UN ENJEU D’ÉDUCATION DANS LES QUARTIERS POPULAIRES Joëlle Bordet, psychosociologue, auteur de Oui à une société avec les jeunes des cités !
11h
ATELIERS : QUEL DIAGNOSTIC ? QUEL PROGRAMME D’ACTION ? Dominique Lahary et Philippe Charrier, fondateurs du blog Bibliothèques, maisons communes
12h30
Déjeuner
14h00 RESTITUTION DES ATELIERS
14h30 ÉDUCATION ET COHÉSION SOCIALE : Karine Bolzinger, coordinatrice du réseau d’éducation prioritaire du collège Georges Braque à Reims
15h00 Hayat El Kaaouachi, professeur d’histoire-géographie au lycée Henri Wallon à Aubervilliers, membre du collectif Aggiornamento
16h00 QUESTIONS du public
16h30 CONCLUSION par Jean-Luc Gautier-Gentès, inspecteur général des bibliothèques.

 

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